Le cheminement de carrière empreint de curiosité d’Ibukun Adejuyigbe

La profession actuarielle attire des personnes qui apprécient la structure, la prévisibilité et la réflexion à long terme. Ibukun Adejuyigbe, FICA, a su s’adapter à ce paysage, non sans difficulté. Il s’est distingué en allant naturellement au-delà des rôles traditionnellement définis pour les actuaires, se bâtissant une carrière qui évolue avec assurance entre les régimes de retraite, les statistiques, l’assurance et les placements. Plutôt que de suivre une ligne droite, son parcours reflète une propension à reconnaître les occasions qui se présentent et à vouloir les saisir.

Ibukun a commencé sa carrière dans un domaine traditionnel pour les actuaires : conseiller en régimes de retraite. Après avoir étudié les sciences actuarielles à l’Université Western, il a rejoint le cabinet WTW, où il a rapidement plongé dans les évaluations, les règles de financement et le rythme exigeant du service aux clients. Pendant cette période, il a également dû passer des examens professionnels tout en travaillant à temps plein. La recherche d’un équilibre n’a pas été facile et, pendant un certain temps, il a eu du mal à prendre son envol.

Tout a changé lorsqu’il a consciemment modifié son approche de ses études. « À un certain moment, j’ai changé mon approche et pris mes examens beaucoup plus au sérieux, explique-t-il. À partir de ce moment, j’ai pu les passer relativement rapidement. » La réussite de ses examens lui a permis de libérer de l’espace à la fois mental et pratique, suffisamment pour envisager différentes orientations et se poser de nouvelles questions sur ce qu’il avait envie d’explorer ensuite.

Cette période d’ouverture l’a amené à faire des études supérieures en statistiques, puis à travailler dans le domaine de l’assurance et à s’orienter ensuite vers les placements. Chaque étape lui a permis d’enrichir ses compétences, le positionnant ultérieurement dans un rôle qui allie le raisonnement actuariel et la connaissance des marchés financiers.

Développement professionnel

Ibukun travaille actuellement au bureau de Toronto de Russell Investments, où ses responsabilités portent notamment sur les travaux de placements axés uniquement sur l’actif et la stratégie de placement actif-passif et axée sur le passif liée aux régimes de retraite. La composante actuarielle s’intègre dans un rôle global qui combine expertise du marché et analyse financière à long terme. Ce travail nécessite de comprendre la façon dont se comportent les obligations à long terme dans les différentes réalités des marchés et dont les portefeuilles peuvent être structurés pour les soutenir. Son expérience en actuariat lui confère un avantage dans ce domaine, en particulier lorsqu’il est amené à interpréter la dynamique des régimes de retraite et de la traduire en diverses considérations en matière de placements.

« Mon expérience en tant qu’actuaire m’aide certainement dans mon travail quotidien et oriente le travail que j’accomplis. »

Grâce à son expertise en actuariat, il apporte une analyse approfondie des exigences réglementaires et des stratégies de placement propres au marché canadien, contribuant ainsi une perspective complémentaire au sein des activités de placements de son équipe. Sa capacité d’associer la structure des régimes de retraite à la stratégie de placement fait de lui un interlocuteur apprécié dans les discussions à la croisée des connaissances actuarielles et de la prise de décisions financières.

La fluidité avec laquelle il décrit sa croissance la rend d’autant plus remarquable. Ces changements ne sont pas le fruit d’une insatisfaction ou d’un revirement soudain, mais plutôt d’une ouverture sérieuse à l’égard de son apprentissage et de son évolution.

Mentorat et engagement bénévole

Tout au long de sa carrière, Ibukun est resté étroitement lié à la communauté actuarielle. Le mentorat a joué un rôle important, qu’il a proposé de manière informelle dans bon nombre de milieux de travail. Ses collègues subalternes sollicitent souvent son avis sur la préparation aux examens, les choix judicieux en début de carrière ou encore les réalités des différents rôles actuariels.

Il a également été actif au sein de l’Institut canadien des actuaires et de la Society of Actuaries à titre de bénévole. Il a offert diverses contributions, notamment en rédigeant et en notant des examens, en participant à des travaux de recherche et en peaufinant certains aspects du programme d’études. Son engament actuel au sein du comité d’examen de retraite des Fellows de l’ICA (FICA) témoigne de son engagement continu à soutenir le développement des futurs actuaires. Au‑delà de sa contribution à la profession, son engagement lui permet de garder un lien avec la pratique touchant les régimes de retraite, même si une grande partie de son travail actuel porte sur les placements et la recherche.

Communauté et visibilité

Lorsqu’il parle de la représentation dans la profession, ses réflexions s’appuient sur son expérience personnelle et ses observations dans le cadre de ses activités de mentorat et de bénévolat. Il sait que la présence d’autres actuaires issus de divers milieux peut aider les personnes débutantes à se sentir plus confiantes dans leur parcours professionnel. Au fil du temps, il a participé à des tables rondes et à des discussions dans l’espoir que le partage de ses expériences puisse offrir une perspective utile aux personnes étudiantes et professionnelles en début de carrière.

Il a également contribué à soutenir une initiative de l’International Association of Black Actuaries axée sur la préparation aux examens. Cette approche pratique aide les candidats actuaires à établir des liens les uns avec les autres, à échanger des stratégies et à profiter du soutien d’actuaires qui ont récemment franchi des jalons similaires. De tels efforts contribuent à renforcer les voies d’accès à la profession, en particulier pour les personnes qui n’ont pas nécessairement accès à des réseaux ou à du mentorat.

Des compétences pour un paysage actuariel en pleine évolution

Alors que le paysage actuariel évolue, Ibukun estime que ses frontières continueront de s’ouvrir. Il voit de plus en plus d’actuaires occuper des postes qui privilégient la pensée analytique, la modélisation et la capacité d’interpréter des données complexes, que ce soit dans la gestion des risques, les domaines axés sur les données ou le travail centré sur les placements, comme le sien.

Il mentionne que le codage gagnera en importance. Bien qu’elle ne soit traditionnellement pas mise de l’avant dans la pratique actuarielle, la programmation devient essentielle pour traiter de grands ensembles de données, utiliser des outils de modélisation modernes et collaborer au sein d’équipes interdisciplinaires. À son avis, cette tendance influencera la formation actuarielle et élargira les attentes techniques auxquelles sont soumis les nouveaux et nouvelles actuaires.

Les concepts de placements et de risques seront également davantage intégrés dans toutes les voies actuarielles. Alors que les organisations recherchent des professionnels et professionnelles capables de comprendre l’incertitude sous diverses perspectives, les actuaires seront bien placés pour contribuer à la profession, mais seulement s’ils continuent de développer des compétences qui vont au‑delà du programme d’enseignement traditionnel.

Il anticipe également une visibilité accrue. Si bon nombre de personnes extérieures au secteur de l’assurance et des régimes de retraite ne savent toujours pas exactement ce que font les actuaires, cette perception évolue lentement à mesure que les actuaires occupent des rôles plus diversifiés. Il considère qu’il s’agit d’une évolution positive qui contribuera à élargir la portée et la pertinence de la profession.

Dans l’ensemble, Ibukun s’attend à ce que la prochaine décennie propose davantage de diversité, plus de travail interdisciplinaire et plus d’occasions pour les actuaires d’utiliser leurs compétences d’une manière qui n’était pas largement imaginée il y a une génération.

La vie en dehors de la profession

En dehors du travail, les intérêts d’Ibukun brossent un portrait plus complet. Il aime cuisiner et a récemment obtenu un certificat de la School of Continuing Education du George Brown College, où il a pu essayer de nouvelles techniques et de nouveaux styles. Il est également un lecteur assidu et participe à plusieurs clubs de lecture qui proposent des sélections en rotation, lui permettant souvent de découvrir des livres qu’il n’aurait peut-être pas choisis lui-même. Il étudie aussi le français et l’hindi, considérant ces apprentissages comme à la fois motivants et enrichissants. Le yoga fait également partie de sa routine quotidienne, une discipline insufflant structure et équilibre à sa vie professionnelle dynamique.

Un parcours fascinant

La carrière d’Ibukun ne repose pas sur une planification rigide, mais plutôt sur la curiosité. Il reste ouvert aux possibilités, toujours prêt à tirer parti de ses compétences et à explorer de nouveaux paysages. Dans une profession parfois perçue comme structurée ou restrictive, son parcours nous rappelle que la formation actuarielle peut ouvrir différents horizons et que l’exploration de ces horizons peut mener à une carrière enrichissante et unique.

Cet article présente l’opinion de l’auteur et ne constitue pas un énoncé officiel de l’ICA.