Façonner le leadership du risque en tant qu’actuaire

Philippe Gosselin

Dans un environnement où les organisations sont confrontées à des risques stratégiques, opérationnels et émergents toujours croissants, le rôle du chef de la gestion des risques (CGR) n’a jamais été aussi essentiel. Mais qu’en est-il lorsque ce rôle est occupé par une personne profondément enracinée dans la profession actuarielle?

Philippe Gosselin, FICA, est actuellement vice-président, Actuariat et CGR à la Facility Association, où il supervise l’évaluation, la tarification, la planification et l’analyse financières et la gestion du risque d’entreprise. Son double rôle reflète une tendance plus large : les actuaires occupent maintenant des postes de direction stratégique qui vont au-delà des fonctions techniques traditionnelles.

Une vision élargie du risque

Bien que les actuaires soient reconnus pour leur formation rigoureuse, leur expertise technique et leur approche disciplinée de l’incertitude, la carrière de Philippe illustre comment les compétences en actuariat vont bien au-delà de la modélisation et du calcul des réserves.

Il a occupé des postes dans les domaines de la tarification, de l’évaluation, de la recherche et développement, de la planification, du marketing et même de la direction des TI et des communications dans de petites entreprises du secteur de la santé. Cette diversité l’a aidé à développer une perspective étendue – un trait essentiel pour les CGR.

« Il faut sortir des sentiers battus et rester à l’affût des risques émergents et des changements dans l’industrie. Les actuaires sont formés pour trouver les liens existant entre les données, la réglementation, les finances et les besoins opérationnels. Cela fait de nous des leaders naturels du risque. »

Bien que son organisation actuelle ne soit pas sous réglementation fédérale (ce qui signifie qu’il n’y a aucune exigence en matière d’évaluation de la santé financière, d’évaluation interne des risques et de la solvabilité ni de simulation de crise traditionnelle), grâce à son expérience actuarielle, Philippe est en mesure de diriger la gestion du risque d’entreprise avec profondeur et agilité. Son approche met l’accent sur l’harmonisation avec la stratégie d’entreprise, la collaboration interfonctionnelle et la promotion d’une culture de responsabilité partagée.

La valeur d’un généraliste

Malgré sa position de leader, Philippe s’identifie comme un généraliste, un actuaire doté d’un vaste éventail de compétences et d’une grande curiosité. Selon lui, ce vaste éventail est une force clé pour les actuaires qui cherchent à s’aventurer au-delà des cheminements de carrière traditionnels.

Bien que par le passé les actuaires préconisaient davantage la spécialisation, Philippe croit que les généralistes (qui ont la possibilité d’explorer différents champs et domaines d’expertise) peuvent s’épanouir dans des rôles comme celui de CGR, pour lesquels les connaissances interfonctionnelles et de solides compétences en communication sont essentielles.

Selon Philippe, ce sont le processus d’examen actuariel et la communauté professionnelle qui l’ont préparé à s’adapter et à exercer son leadership dans des milieux dynamiques. Son engagement de longue date auprès de l’ICA, de la Casualty Actuarial Society et de forums sur les risques comme la Risk Management Society (RIMS) l’a aidé à demeurer à l’avant-garde de la réflexion sur la gestion du risque d’entreprise (GRE).

Travailler en leadership du risque

Philippe trouve son rôle actuel très gratifiant, particulièrement parce que le programme de GRE de son organisation est étroitement aligné sur sa mission, sa vision et ses priorités stratégiques. La gestion des risques est intégrée à l’échelle de l’organisation et il est fier de voir le langage du risque apparaître dans les conversations au-delà de l’équipe de gestion des risques.

Cette intégration était intentionnelle. S’appuyant sur ses antécédents diversifiés et son optique généraliste, Philippe et son équipe ont travaillé à intégrer la réflexion sur les risques aux processus décisionnels quotidiens :

  • en collaborant avec des équipes des finances, de l’exploitation et de l’expérience des membres;
  • en restant à l’affût des risques émergents et des tendances sectorielles;
  • en favorisant une culture dans laquelle le risque n’est pas perçu comme une fonction cloisonnée, mais plutôt comme une responsabilité partagée.

L’établissement de liens entre la stratégie opérationnelle et le risque a fait de l’équipe de GRE un contributeur essentiel au succès de l’organisation.

« Lorsque j’entends le mot « risque » lors de réunions à l’extérieur de l’équipe de gestion des risques, je sais que nous avons réussi à intégrer une culture de responsabilité partagée. »

Dans le cadre de ce changement de culture, Philippe a également contribué à renforcer la gouvernance des risques au niveau de la direction. Bien que la collaboration directe avec le conseil d’administration et le comité d’audit et de gestion des risques représentait un nouveau défi, son expérience antérieure en tant que bénévole auprès des conseils d’administration d’organismes sans but lucratif et de coopératives lui a donné la perspective nécessaire pour naviguer efficacement dans ces discussions.

Cette mobilisation en matière de gouvernance a renforcé la visibilité et la crédibilité de la gestion des risques à l’échelle de l’organisation.

Conseils pour les actuaires actuels et futurs

Ses conseils pour les actuaires en début de carrière sont simples, mais importants : explorez au-delà du conventionnel. Peu importe l’orientation que vous choisissez de suivre, élargir votre perspective fera de vous un actuaire plus fort et plus polyvalent.

« Faites-le. N’hésitez pas. Vous ouvrirez vos horizons et cela fera de vous un meilleur actuaire. J’ai travaillé dans les domaines du marketing, des TI et du développement des affaires, et chacun de ces rôles a ajouté à mes compétences. À mon retour dans le secteur de l’assurance, j’étais devenu un professionnel accompli. »

Il insiste aussi sur l’importance de la visibilité. Il encourage les membres de la profession à partager leurs histoires afin de rendre les cheminements de carrière en actuariat plus visibles pour les étudiants et les jeunes professionnels.

Un appel à l’action

Pour l’avenir, Philippe croit que la profession doit encourager les actuaires à explorer au-delà des cercles traditionnels. Le bénévolat, la participation à des événements intersectoriels et l’exploration de domaines inconnus peuvent révéler des possibilités inattendues et élargir la portée de la profession.

Il estime également utile de promouvoir l’éventail complet des capacités actuarielles (de la rigueur technique à la vision stratégique) et d’établir des partenariats avec des secteurs qui ne reconnaissent peut-être pas encore la valeur que les actuaires peuvent apporter. Des domaines comme le risque climatique, les soins de santé, les politiques publiques, la gestion des chaînes d’approvisionnement et la gouvernance de l’IA reposent de plus en plus sur la prise de décisions fondées sur les données et sur les prévisions à long terme – des domaines où les actuaires excellent.

En saisissant ces possibilités, la profession peut accroître son influence et demeurer pertinente dans un marché du travail en évolution rapide.

Nous tenons particulièrement à remercier à Harry Li, FICA, pour avoir coordonné cet entretien et élaboré les questions. Harry est membre de la Commission de pratique sur la gestion du risque d’entreprise (CPGRE), qui aide à élaborer des ressources et des outils pour s’assurer que la GRE est une pratique viable et pertinente, tout en continuant d’explorer la façon dont elle est appliquée dans différents contextes et environnements.

Cet article présente l’opinion de l’auteur et la personne interviewée et ne constitue pas un énoncé officiel de l’ICA.