Pourquoi ce parcours est important pour les actuaires
Lorsque l’on pense aux actuaires, notre premier réflexe est de les associer aux caisses de retraire, à l’assurance vie et collective ou encore aux assurances IARD. Toutefois, la formation actuarielle permet aussi d’œuvrer dans des domaines non-traditionnels tels que les services bancaires et les marchés des capitaux.
Connaître et promouvoir les domaines de pratique non-traditionnels permettra aux futurs membres de l’ICA de comprendre les multiples possibilités offertes en termes de choix de carrière pour les actuaires intéressés aux rôles non-traditionnels. Les exemples inspirants sont plus fréquents que ce l’on pourrait imaginer et ils permettent aux actuaires en devenir d’avoir des points de repère pour de tels parcours. Mon cheminement présenté dans cet article en est un.
Fondations universitaires : Bâtir ses compétences en actuariat
Lorsque j’ai entrepris mes études universitaires, mon parcours a suivi une voie plutôt classique : j’ai pris les décisions qui me semblaient être l’étape logique suivante. Au moment de sélectionner mon programme universitaire, ma passion pour les mathématiques primait et c’est ce qui a justifié mon admission au baccalauréat en actuariat à l’Université Laval. Puisque je démontrais aussi de l’intérêt pour plusieurs autres domaines tels que la gestion des risques, la programmation, l’économie et la finance, l’actuariat s’est aussi avéré être une bonne décision. Ayant effectué deux stages d’été en entreprise pendant mon baccalauréat, il était clair pour moi que j’allais pouvoir évoluer dans ce domaine.
La dernière année de mes études en actuariat a été décisive puisque l’opportunité de sélectionner des cours optionnels était offerte aux étudiants. Mon intérêt pour la finance a été présent tout au long de mon baccalauréat et j’ai donc décidé de l’approfondir en sélectionnant des cours liés à la théorie financière et aux marchés des capitaux. C’est grâce aux cours optionnels que j’ai pu confirmer mon intérêt marqué pour la finance.
Choisir les marchés des capitaux : Un changement majeur de carrière
Après avoir confirmé mon intérêt pour la finance grâce à plusieurs cours optionnels durant mon baccalauréat, j’ai ensuite pris l’initiative de poursuivre une maîtrise en finance afin de perfectionner mes compétences financières avec l’objectif d’en faire mon choix de carrière à long terme. Cette décision a officialisé ma transition des secteurs actuariels conventionnels vers un domaine non-traditionnel. J’avais toujours en moi un doute de ne pas faire le bon choix, mais comme j’étais déjà aux études à temps plein, il valait mieux tenter le coup à ce moment-là que d’avoir des regrets plusieurs années plus tard. Ma façon de penser avait toujours été claire à cet égard : je préférais effectuer une transition pendant mes études plutôt qu’au milieu d’une carrière en plein essor. Autrement dit, il était temps de prendre le risque!
Comme pour tout bon actuaire, ce risque était évidemment calculé : je savais que les compétences acquises durant mon baccalauréat, notamment mon esprit analytique et ma pensée structurée, m’aideraient à réussir cette transition.
Mon entrée dans le secteur bancaire : Les compétences actuarielles dans l’environnement des marchés des capitaux
Durant ma maîtrise, j’ai décroché un stage d’été en marchés des capitaux sur le pupitre de produits dérivés de change. Cette expérience m’a permis de faire mes premiers pas dans le secteur bancaire et démontrer la valeur ajoutée de mes capacités actuarielles. Dans plusieurs situations, mon profil s’est avéré complémentaire, ce qui m’a aidé à me distinguer avant d’obtenir un poste temps plein à la fin de mes études.
Le poste à temps plein était plus diversifié puisque j’ai continué à travailler en produits dérivés, mais sur toutes les classes d’actif : devises étrangères, taux d’intérêt, matières premières et actions. De manière générale, le rôle consistait à accompagner et conseiller nos clients, principalement de grandes entreprises, dans l’analyse et la gestion des risques financiers découlant de leurs activités. Plus précisément, le mandat consistait à fournir des solutions et des stratégies de gestion des risques à l’aide des produits dérivés.
Dans les marchés des capitaux, les professionnels et professionnelles analysent et quantifient les différents types de risques auxquels les entreprises sont confrontées afin de déterminer leur exposition nette aux fluctuations des marchés. À l’aide des produits dérivés, nous élaborons des stratégies personnalisées visant à réduire cette exposition aux marchés tout en s’assurant qu’elles soient adaptées aux besoins du client. Pour ce faire, nous nous appuyons fréquemment sur des analyses de scénarios ainsi que des modèles analytiques pour évaluer la performance attendue d’une stratégie proposée au fil du temps, tout en tenant compte des différentes contraintes auxquelles les clients pourraient faire face.
Les avantages d’une formation actuarielle dans le secteur bancaire
Issu d’une formation actuarielle et travaillant dans un secteur purement financier, je suis en mesure de compléter le cadre analytique offert aux clients par une perspective différente de celle apportée par mes collègues. La formation actuarielle favorise le développement de solides compétences techniques ainsi qu’une compréhension approfondie de modèles complexes (modèles financiers, prédictifs, etc.). Par exemple, dans un cas précis, nous avons créé un modèle d’analyse de scénarios afin d’évaluer l’impact des fluctuations de devise et de taux d’intérêt aux États-Unis et au Canada sur la performance d’une stratégie combinant plusieurs produits dérivés, dans le but de déterminer le moment opportun pour la mise en œuvre de cette stratégie.
De plus, la rigueur acquise tout au long de la formation en actuariat – tant sur le plan universitaire que lors des examens professionnels – permet aux actuaires de développer leur autonomie, leur ingéniosité, leur curiosité et de solides capacités en gestion des priorités. Ces aptitudes sont particulièrement utiles dans le secteur bancaire lorsqu’il s’agit de gérer des mandats complexes (dossiers comportant de multiples contraintes) ou de respecter des échéances serrées imposées par les clients (livraison d’un modèle ou d’une analyse dans un court délai).
Bien entendu, la capacité des actuaires à construire des modèles et à analyser des données leur permet de se démarquer dans divers contextes professionnels. Combinées à de solides habiletés relationnelles, ces compétences sont fortement valorisées dans les secteurs non-traditionnels de l’actuariat. Par exemple :
Le raisonnement analytique des actuaires est différent de celui de nombreuses autres professions et complète les approches généralement utilisées dans les domaines non-traditionnels, ce qui nous permet de sortir des sentiers battus.
Défis et adaptation dans un rôle non-traditionnel
Bien que les actuaires possèdent de solides aptitudes intellectuelles leur permettant d’apporter leur contribution aux secteurs non-traditionnel, réussir sa transition hors des sentiers battus exige une grande capacité d’adaptation.
Dans mon cas, la dynamique de travail entre les rôles actuariels traditionnels et les marchés des capitaux est très différente. Mon quotidien évolue à un rythme soutenu et exige une grande réactivité dans des situations transactionnelles urgentes, ce qui m’oblige à réfléchir rapidement et avec précision dans des délais courts. Dans de telles situations, la clé pour moi a été de garder mon calme et de tenter de ralentir mentalement le rythme afin de réagir efficacement. De façon plus générale, les séances de mentorat avec des collègues plus expérimentés m’ont aidé à mieux gérer ces situations. Avec le temps et l’expérience, certains réflexes se développent, permettant de réagir plus efficacement dans des environnements soumis à forte pression.
De plus, travailler aux côtés de professionnels et professionnelles provenant de différents horizons nécessite souvent de repenser nos habitudes de communication. En effet, expliquer clairement et efficacement des concepts actuariels à nos collègues est essentiel afin d’assurer un transfert adéquat des connaissances. Prendre le temps de clarifier les concepts et d’adapter la façon dont nous les présentons s’est avéré être une approche gagnante pour moi et a contribué à améliorer mes compétences en communication au fil du temps.
À l’inverse, en tant qu’actuaires, nous devons aussi faire l’effort de nous adapter au langage et à la terminologie propre au secteur dans lequel nous évoluons afin de garantir la fluidité des processus et des interactions. Cet apprentissage peut devenir encore plus marqué lorsque la transition d’un secteur à un autre est effectuée à un stage avancé dans la carrière d’un actuaire. Pour ma part, mes études de maîtrise m’ont fourni une base solide en matière de langage financier. Une fois entré dans la vie active, il est important d’agir comme une éponge afin d’absorber le plus d’informations et de terminologie possible. Avec le temps, ces éléments deviennent comme une seconde nature.
Leçons apprises et conseils aux actuaires du futur
Dans l’ensemble, plusieurs éléments de cette transition m’ont surpris, car je ne les avais pas nécessairement envisagés au moment de me lancer dans ce parcours. Par exemple, il est primordial de consacrer du temps en dehors des heures habituelles de travail à l’apprentissage de nouveaux concepts propres au domaine, que ce soit par l’autoapprentissage, la formation continue ou l’étude de documents préparés par des collègues. En finance particulièrement, la courbe d’apprentissage est abrupte et cela peut parfois affecter le moral. Heureusement, en être conscient à l’avance aide à se préparer mentalement.
Parmi les facteurs clés qui m’ont permis de réussir cette transition, je citerais mon désir sincère d’apprendre de nouveaux concepts liés à la finance ainsi que mes aptitudes organisationnelles, qui se sont avérées essentielles pour gérer des mandats plus complexes. Chacun s’appuiera sur des atouts différents lors d’une telle transition, mais il est indispensable de garder un esprit ouvert face aux défis.
Le processus de transition vers un domaine actuariel non-traditionnel peut être long et ardu, car une grande capacité d’adaptation est requise. Les actuaires ou futurs actuaires qui s’engagent sur cette voie doivent faire preuve de patience et se donner le temps d’apprendre et de s’intégrer dans leur nouvel environnement.
Un des conseils les plus importants est de ne pas attendre le « moment parfait » pour effectuer ou envisager une telle transition. Les circonstances parfaites sont rares. Ce qui importe le plus, c’est le désir et la volonté de se lancer dans le processus, ainsi que la prise de conscience que la formation actuarielle nous fournit les outils nécessaires pour réussir dans les domaines non-traditionnels grâce aux compétences acquises tout au long de notre parcours universitaire.
Voir au-delà des sentiers battus
Les compétences développées dans le cadre de la formation actuarielle sont, sans aucun doute, transférables à d’autres domaines non-traditionnels. La formation et le perfectionnement des actuaires favorisent à la fois la réflexion critique sur des enjeux plus larges et la capacité d’appliquer des compétences analytiques à un large éventail de mandats. Les compétences acquises en tant qu’actuaires nous permettent de nous démarquer professionnellement, et l’expertise actuarielle est valorisée dans de nombreux domaines non-traditionnels, ce qui nous offre des occasions d’explorer ces domaines et de faire valoir nos atouts. Dans les moments de doute, il peut être utile de se rappeler la rigueur de la formation actuarielle universitaire et les fondements solides qu’elle offre à ceux et celles qui sont prêts à sortir des sentiers battus.

Cédrick Gosselin, FICA, FSA, CFA, est actuaire à la Banque Nationale du Canada, où il travaille dans un environnement bancaire à la croisée de l’analyse actuarielle et de la prise de décisions financières. Établi à Montréal, son expérience comprend l’application du raisonnement actuariel au sein d’une grande institution financière canadienne, avec un accent particulier sur les enjeux pertinents pour le secteur bancaire.
Cet article reflète l’opinion de l’auteur et ne constitue pas une prise de position officielle de l’ICA.